Bloc-notes

Infos et pensées au fil de l'année ...

Pèlerinage de justice et de paix

Le 4 aout, la paroisse protestante de Sélestat a reçu la visite de cyclistes d’un genre particulier : des pèlerins !! Pour fêter les 500 ans de la Réforme, l’église protestante du pays de Bade a organisé un pèlerinage à vélo allant de Constance jusqu’à Worms, en passant par les deux côtés du Rhin. 2 semaines à pédaler par les grandes chaleurs de l’été et à dormir à 20 dans des salles paroissiales, autant vous dire qu’il faut être courageux ! Mais les pèlerins que nous avons accueillis étaient heureux de vivre ces deux semaines en communauté, rythmé par la prière, le vélo, la découverte de lieux qui ont été marqués par la Réforme, et les nombreuses rencontres dans les paroisses locales.

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Au programme de leur halte à Sélestat : visite de la ville, barbecue dans la cour du foyer, et conférence avec Gérard Siegwalt. Ce professeur émérite de la faculté de théologie protestante s’est penché sur une affirmation centrale de la Réforme « Solus Christus », affirmation qui a souvent été comprise dans un sens « exclusiviste », poussant à l’intolérence, et nous a proposé une autre lecture de cette afirmation qui ouvre au contraire sur le monde et sur les autres religions.

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La visite des pèlerins dans notre paroisse fut un très beau témoignage : la Réforme protestante, avec ses 500 ans au compteur, n’est pas qu’une page d’histoire, elle continue de mouvoir et d’émouvoir des croyants qui, au nom du Christ, sortent de leur zone de confort pour trouver des chemins vers plus de justice et de paix.                     

La journée d'un ouvrier de la première heure

Matthieu 20/1-16 parabole des ouvriers de la dernière heure

Prédication rimée du dimanche 12 février 2017

(Septuagésime, thème : Mérite et grâce)

 

Ma journée d'ouvrier de la première heure

 

De grâce !

Ne me parlez pas de grâce

moi je bosse et j’amasse

faire la journée de douze heures

cela ne me fait pas peur

 

Sur le marché, je me présente tôt

six heures du mat’, au bas mot

car tel maître qui sort tôt du pieu

des chances pour qu’il paye mieux

 

Des chances pour qu’il sache apprécier

le sérieux du travail effectué

Des chances même infimes

pour que le soir, il donne une prime.

 

Ce matin-là, je suis bien tombé

A peine me suis-je présenté

que déjà suis embauché

Une pièce d’argent, tope là, accepté !

 

Avec cela je peux nourrir

ma femme et mes enfants

peut-être même leur faire plaisir

en passant chez le marchand

 

Ah, que j’aime ces heures de l’aurore

surtout dans le vignes que j’adore

Vraiment suis bien tombé

s’annonce une belle journée

 

En plus, tout est organisé

les outils, le planning, le rythme et l’allure

Il est permis de plaisanter

avec les camarades d’aventure.

 

Plaisant, c’est bien le mot à dire

Jamais je n’aurais cru possible

qu’au travail on prendrait autant de plaisir

Toujours ce n’était qu’un devoir pénible.

 

Neuf heures, moment de répit

un casse-croûte est même servi

C’est pas de refus, car il va faire chaud

les prochaines heures de boulot

 

Tiens, le maître amène du renfort

Des ouvriers un peu lève-tard

Au fond, il n’a pas tort

La tâche abonde, elle n’est pas rare.

 

Midi, ah, le soleil tape dur

La pause, je l’aurais méritée pour sûr.

Mais misère ! Pour tout sandwich

je n’ai qu’une toute petite miche.

 

A peine la sors-je de ma besace

que le maître organise une communion

saucisses, gâteaux, tout un repas de grâce

où eau et vin coulent à profusion.

 

Quelle joie, les sourires et les rires fusent

ils chassent la fatigue qui use

Le partage n’est pas que de nourriture

mais d’échanges profonds et de fioritures.

 

Au travail ! Avec une fraîcheur nouvelle

Ce repas m’a requinqué

pas que le corps, c’est sprituel !

Il m’a entièrement réveillé !

 

Mais que ne vois-je ? Le maître, de plus,

a fait de nouvelles recrues.

Venez, venez, entrez dans la ronde

car – oui ! - le travail abonde !

 

Le repas était bon,

mais l’après-midi très long

Les bras s’épuisent

Les forces s’amenuisent

 

Le maître, et c’est heureux

déniche des renforts de dernière heure

On se demande qui sont ces gueux

Mais ils nous soulagent ! A la bonne heure !

 

A la bonne heure aussi, le soir arrive

Ça sent les retrouvailles avec la famille

Aujourd’hui, j’apporterai une grive

La fête se prolongera comme à midi.

 

Lorsque je pense aux miens

j’ai une pensée aux leurs

on doit gagner un rien

lorsqu’on arrive à la dernière heure

 

Ce soir encore, ça doit être la misère

ils doivent se sentir mauvais maris et pères

J’en aurais presque pitié

Mais enfin, faut être sérieux en son métier.

 

Cela se lit sur leurs visages

lorsqu’ils se présentent au receveur

Ils ne peuvent s’attendre à des mirages

avec trois, voire qu’une heure au compteur.

 

Pourtant leur visage s’éclaire

Ils ont l’air réjoui

Oui, c’est qu’ils sourient

Quel est donc ce mystère ?

 

Il paraît, c’est incroyable,

qu’eux aussi ont recueilli

le salaire d’une journée ouvrable

Y a de quoi être surpris !

 

Tant mieux pour eux

Tant mieux pour leurs familles

Mais vraiment quel maître généreux

qui ne fait pas d’économies

 

Tant mieux sans doute pour nous

car j’ai la conviction intime

oui j’ai cet espoir fou

de recevoir une belle prime

 

Je vais pouvoir faire des folies

boire un coup au bistrot du coin

acheter des cadeaux pour la familles

et demain ne faire rien !

 

Las ! Quand c’est mon tour

Une seule pièce se renferme dans ma main

Eh maître, mais pour l’amour

du ciel, expliquez-vous, car je me plains.

 

J’ai bossé dur

toute la journée

Le soleil a tapé sur

ma boîte à raisonner.

 

Qu’ai-je fait pour que tu te moques

du travail bien fait

Agissant ainsi, tu m’escroques

ton respect, j’ai mérité

 

Les autres n’ont quasi rien fait

et vont se pavaner devant leur belle

Si c’est ça ce qui te plaît,

invente le rev’nu universel

 

C’est ainsi que je m’ébruite

que je gonfle mon buste

que j’étale mes mérites

Car vraiment c’est injuste.

 

La grève, ça me connaît

je ne me laisse pas faire

Ma voix de loin se reconnaît

je dis ce qui ne va pas plaire

 

Ni Dieu ni maître

Personne n’a plus de poids

Tous, je les envoie paître

souvent avec une solide mauvaise foi

 

A moi d’apprendre une leçon

Loin de se démonter

le maître me répond

n’a pas peur de l’effronté.

 

Pour l’amour du ciel, j’agis

Voilà ce qu’il me dit

M’en veux-tu que je sois bon

La grâce est un don profond.

 

Une justice bien plus juste

qu’un calcul proportionnel

des mérites ou d’actions injustes

de bonté ou de fiel

 

N’as-tu pas retiré tes billes

ne peux-tu pas nourrir ta famille

De plus, tu as passé une riche journée

as mangé, chanté et communié

 

Veux-tu vraiment tout gâcher

et rentrer chez toi tout fâché ?

Va et réjouis-toi avec les tiens

et demain, à la première heure, reviens.

 

Vis la vie à pleines dents

Expose ta peau à tous les vents

fais ce qui t’es donné faire

c’est ça la vie qui va te plaire

 

C’est elle qui va faire sens

te faire grandir d’expérience

va faire de toi un responsable

bon, droit et charitable

 

De grâce, réfléchis et médite en toi

Qu’est-ce qui dans la vie a vraiment du poids ?

Que tu thésaurises, que tu amasses ?

Ou de vivre, jour pour jour, de la grâce ?

 

Que cette miséricorde, cette grâce

qui mystérieusement tout dépasse

la sagesse de tous sages

te garde d’âge en âge.

 

Qu’elle te chante sa chanson

de bonté et de pardon

Qu’à la perfection elle t’emmène

aujourd’hui et demain. Amen.

 

(Une fois par an, autour de carnaval, Jürgen Grauling propose un culte avec une prédication en rimes)

 

 

Hip, hip, hip Solange

Solange70

Samedi dernier, notre fidèle sacristaine a fêté ses 70 ans.

Au culte dimanche, nous avons fêté avec elle :

bouquet, chant des enfants, poème :

 

Faisons, aujourd’hui, un peu de bruit,

un peu de tumulte

à la femme aux 2000 cultes !

 

Car depuis qu’elle pris son poste

à la suite de Madame Jost

elle ne ménage pas sa peine

J’ai nommé notre chère sacristaine

 

Car si les pasteurs viennent et changent

celle qui reste, c’est Solange

Heintz, Rébert, Wenger ou Grauling

tous auront connu Mme Weigerding

 

35 ans ou à peu près

qu’il vente, qu’il pleuve ou que soleil il fait

Elle est là, notre Solange

nettoie, prépare, sonne les cloches et range

 

Mariages, cultes et enterrements,

Solange est là fidèlement

soulage le pasteur discrètement

qui peut compter sur elle promptement.

 

De la paroisse, elle est la bonne fée

qui carbure à force de café

qu’elle consomme aussi en d’autres lieux

à divers emplois et la Croix Bleue !

 

Hier, elle avait un anniversaire rond

Ce n’est pas pour ça qu’elle fait le pont

Elle est là et ne songe à la retraite

C’est pourquoi nous lui faisons la fête

 

Un bouquet et de sincères vœux :

soyez bénie, santé, sérénité, des proches heureux

Uf ditsch : Solange, so gut.

Viel Glück und frohen Mut.

 

Avec un jour de retard sur hier

nous vous souhaitons

un joyeux anniversaire !

Jeu d'échecs coopératif - épiphanie personnelle

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La vie est un jeu d’échecs,

un jeu compliqué dans lequel on déboule néophyte,

sans comprendre le mouvement bizarre des pions.

En observant, on saisit que c’est chacun son tour,

qu'il y a différence entre petites et grandes figures.

 

La vie est un jeu d’échecs,

dont on finit par apprendre les règles.

En s’appliquant, on arrive à manier les pions,

même les fous et la cavalerie,

même les feintes et les ruses.

Parfois, on tire son épingle du jeu,

on bat la reine de l’adversaire,

on le met échec… et mat.

 

La vie est un jeu d’échecs,

où l’on subit des revers

et des surprises.

Mais si l’on ne veut pas que les matchs soient nuls,

il paraît qu’il faut un gagnant et un perdant.

 

Mais ça, c’était avant !

Avant l’épiphanie,

avant la manifestation du Roi,

avant qu’il ne subisse l’échec retentissant,

et son revers :

le mat pour toujours maté.

 

La vie est un jeu coopératif,

depuis que le logos y a mis la lumière,

que la logique interne est révélée, le sens profond dévoilé,

que le logiciel est mis en open source,

la matrice découverte maternant et paternelle.

On y gagne le royaume

au milieu du « nous ».

On y met le prochain debout.

Et c’est à ce jeu-là que je joue

et plus jamais n’échoue.

 

J. Grauling, 9 janvier 2017

Jean 1, 1-18

 

Joyeux Noël !!!!

Voici Noël !!!!!!! Joyeux Noël à toutes et à tous !!!!!

Merci d’avoir suivi ce calendrier jour après jour pendant le temps de l’Avent, et merci pour vos beaux commentaires ! Nous avons eu beaucoup de plaisir à le faire !

Noel

Axel Bieber et Jürgen Grauling

 

Prière pour Noël :

Seigneur,

En ce jour de Noël, nous nous présentons devant la crèche pour te louer
Tu es venu au milieu de nous,
Tu as franchi la distance entre Toi et nous
Tu es le Dieu d’amour qui te tient tout près de nous
Tu partages nos joies et nos épreuves
Tu ris avec nous, tu pleures avec nous,
Tu vibre de ce qui nous fait vibrer
Tu es blessé par ce qui nous blesse
Tu es consolé par ce qui nous console
Tu embrasses notre condition humaine
et tu la relèves, tu la fait rayonner

Merci pour cette preuve d’amour, merci pour ton empathie
merci de nous donner l’occasion de nous retrouver ici tous ensemble pour nous en réjouir

Seigneur, toi qui est né à Bethléem
Viens naître en nous, viens habiter nos cœur
fortifie-nous, renouvelle-nous
Que nous puissions laisser derrière nous
l’amertume, les regrets, les peurs
pour vivre cette paix que tu es venu apporter
et  pour vivre pleinement la joie de Noël

Seigneur, toi qui est né à Bethléem
Viens naître en nous, viens habiter nos vies

 

Axel Bieber

 

Cadeau : l'ange dans le doute (conte de Noël)

Defautdelangagenoel2016defautdelangagenoel2016.pdf (238.08 Ko)

(Téléchargez le fichier PDF)

Un ange dans le doute - calendrier de l'Avent Déc24

Un ange, cela ne se pose jamais de question !

Lintannonciation (c) Wikimedia

Pensez-vous !

Gabrielle est bien trop méticuleuse pour négliger le moindre détail. Mais il arrive que dans les préparations les plus parfaites s'introduit un petit grain de sable.

Crrrrrrrrrrrrrr !

Que faire ? Consulter l'ange Orthophonielle, spécialisée en TCC (thérapie comportementale du ciel) ?

Ce ne sera pas sans mal que Gabrielle viendra au bout de sa triple mission annonciatrice, auprès de la jeune Miriam, de son fiancé Joseph et des bergers de la contrée de Bethléem.

Comment ?

Découvrez-le ce soir, lors de la

Veillée pour petits et grands

24 décembre, 18h, en l'église

 

ou maintenant ici :

Defautdelangagenoel2016defautdelangagenoel2016.pdf (238.08 Ko)

 

Bons préparatifs de fêtes bénies. De Noël pour les chrétiens, de Hanouka pour les amis israélites.

Jürgen Grauling

 

Les précédents billets du calendrier de l'Avent offerts par Axel Bieber et Jürgen Grauling : www.martinbucer.org/blog

Zadig, petit conte de Noël - Calendrier de l'Avent Dec23

Zadig

 Or, pendant qu’ils étaient là, le jour où elle devait accoucher arriva ; elle accoucha de son fils premier-né, l’emmaillota et le déposa dans une mangeoire, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans la salle d’hôtes. Il y avait dans le même pays des bergers qui vivaient aux champs et montaient la garde pendant la nuit auprès de leur troupeau. Un ange du Seigneur se présenta devant eux, la gloire du Seigneur les enveloppa de lumière et ils furent saisis d’une grande crainte. L’ange leur dit : « Soyez sans crainte, car voici, je viens vous annoncer une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Il vous est né aujourd’hui, dans la ville de David, un Sauveur qui est le Christ Seigneur ; et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » Tout à coup il y eut avec l’ange l’armée céleste en masse qui chantait les louanges de Dieu et disait :« Gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre paix pour ses bien-aimés. »Or, quand les anges les eurent quittés pour le ciel, les bergers se dirent entre eux : « Allons donc jusqu’à Bethléem et voyons ce qui est arrivé, ce que le Seigneur nous a fait connaître. »

Luc 2,6-15

Vous connaissez sans doute ce passage de l'histoire de Noël. On y raconte que les bergers se hâtèrent d'aller à Bethléem. Mais une ancienne légende raconte raconte qu’au moment où les bergers se mirent en route, l’un d’eux s’est exclamé :

-Attendez, attendez, Oh ! On ne va pas partir comme ça sans réfléchir, hé !

Celui qui parlait ainsi s’appelait Zadig. Zadig n’était pas du genre à agir sans réfléchir. Dans sa vie, tout était pensé, calculé à l’avance. Il mettait un point d’honneur à tout faire correctement, les grandes et les petites choses, et jamais personne ne le prenait en défaut. Ceux qui l’aimaient disaient de lui que c’était un homme droit, un juste. Les autres disaient que c’était un maniaque, voir… un psycho-rigide… Mais tous s’accordaient pour dire qu’il soignait ses bêtes avec beaucoup d’amour, qu’il les bichonnait.

Pendant que les autres bergers, pressés de voir si l’ange disait vrai, s’engageaient déjà sur le sentier sans prendre le temps de l’écouter, Zadig se dit en lui-même :

-Je ne peux pas me présenter devant le Messie comme ça, dans mes loques puantes, la honte !

Bien entendu, Zadig emmenait toujours avec lui un vêtement de rechange, au cas où le premier se déchirerait !

-Je ne peux pas me présenter devant lui sans cadeau, la honte !

 Zadig alla donc chercher trois moutons dans le troupeau, les trois seuls moutons qui lui appartenaient en propre, toutes ses économies…

-Allez, maintenant, faut pas trainer…

Zadig s’enfonça à son tour dans la nuit sombre et silencieuse… Ses yeux éblouies par la lumière des anges peinaient à s’habituer à l’obscurité. Il n’y voyait plus à trois mètres. 

-Bon, qu’est-ce que je leur dit, au couple, en arrivant ? Je veux rien dire de déplacé, la honte, déjà que je me pointe en pleine nuit… Qu’est-ce qu’on dit dans ces situations ? C’est bien ça le problème, des situations comme ça, il n’y en a jamais eu, c’est le faux pas assuré… En parlant de pas, euh, j’suis où là ?

Le pauvre Zadig… Pris dans ses pensées, il n’a plus pensé à regarder où il allait. Par une telle nuit noire, ça ne peut que mal finir… Sans s’en rendre compte, Il a quitté le sentier qu’il suivait jusque-là… Il regarde autour de lui mais sans trouver le moindre point de repère : pas un arbre, pas une colline, rien… ah si ! si, là-bas, un feu !

Zadig s’y précipita et découvrit un voyageur en train de se réchauffer les mains devant les flammes. L’homme n’eu pas peur de lui, ce n’était pas bon signe…

-Ben qu’est-ce que tu fais là, toi ? Tu vas où comme ça, si tard dans la nuit ?

- A Bethléem !        

-Oulà ! Tu t’es bien gouré… Ouah, tes moutons ! Ils ont bonne mine !

-Est-ce que vous pouvez m’indiquer le chemin, s’il vous plait ?

-Ouais, il y a un sentier pas trop loin… Tes moutons, ils sont à qui ?

Il n’était pas difficile de voir où le voyageur voulait en venir, alors pour gagner du temps, Zadig lui fit cette proposition :

-Tu m’indiques le chemin et je t’offre l’un de mes moutons, en remerciement ! 

-Je ne peux pas refuser ! Le sentier est là ; juste derrière cette pierre à laquelle je suis appuyé.

-C’est pas vrai mais c’est pas vrai, se dit Zadig en reprenant son chemin vers Bethléem. Il m’a pris un tiers de mes économies, le chien… Et surtout, la honte ! Jamais de ma vie je ne me suis perdu. Cette nuit est vraiment bizarre.  

Un peu plus loin sur la route, Zadig huma une odeur qu’il connaissait par cœur : l’odeur d’un troupeau de mouton.

-C’est pas vrai mais c’est pas vrai, j’ai tourné en rond ou quoi ?

Non, ce n’était pas son troupeau, il entendit une voix inconnue dire :

-Oh non, oh non, oh non !!

-Euh, tout va bien ?

-Non, rien ne va ! répondit la voix. J’ai perdu un mouton ! J’en compte 14 au lieu de quinze… En plus le propriétaire du troupeau n’est pas du genre compréhensif… Il va me virer, c’est sûr. Je suis déjà pauvre, je vais finir miséreux…

Zadig n’avait pas le temps de l’entendre geindre, il devait se rendre à Bethléem. Et comment peut-on, s’il vous plait, être assez idiot pour perdre un mouton quand on en a que 15 à surveiller ? Franchement, il l’a cherché ! Mais ça ne serait quand même pas très correct de laisser ce jeune homme comme ça.

-Allez, allez, arrête… Tu sais quoi je te donne un de mes moutons comme ça ton maître ne remarquera pas que tu lui en as perdu un.

-Oh c’est vrai, mille merci !! Merrci !!

-C’est pas vrai, mais c’est pas vrai ! se dit Zadig en continuant son chemin avec le seul mouton qui lui restait. Jamais de ma vie je n’ai eu de pitié pour les incapables… Tout est bizarre cette nuit…

La marche commença à devenir vraiment pénible… En plus son genou lui faisait des misères. Le petit mouton semblait très fatigué, lui aussi… Zadig se mit à douter d’avoir suivi le bon chemin…

-Oh ! des maison ! En bas de la colline ! C’est Bethléem !

Dans sa joie, Zadig oublia sa douleur et se mit à courir. Il gagna rapidement l’entrée de la ville, mais alors le mouton effrayé par les habitations vint marcher un peu trop près des talons du berger. Ils trébuchèrent l’un sur l’autre et se ramassèrent sur le sol.

-Mais c’est pas vrai mais c’est pas vrai ! dit Zadig en se relevant. Je ne trébuche jamais, d’habitude. Tout est tellement bizarre, cette nuit.

La nouvelle chemise de Zadig était toute crottée, tout comme son visage. Et son genou était dans un état… Le mouton aussi était blessé et avançait en boitant. Au détour d’une rue, ils rencontrèrent un berger, l’un de ceux qui avaient vu l’ange.

-Zadig ! Qu’est-ce qui t’es arrivé ?

La honte…

-Laisse tomber ! Dis-moi, tu l’as vue, le nouveau-né ? Il existe au moins ?

-Oui !! De l’autre côté du village, dans une grange…

-Dans une grange ?? Le Messie dans une grange ?

-Tu verras c’est… c’est… tu verras ! Pourquoi t’as ramené ce mouton ?

-Je vais l’offrir à l’enfant et sa famille !

-Qu’est-ce que tu veux qu’ils fassent de ton mouton boiteux et tout sale ? Et tu vas pas le faire marcher jusque-là, le pauvre, il a besoin de repos ! Ecoute, je t’attends-là avec le mouton pendant que tu vas voir l’enfant.

-Je vais nulle part ! J’ai plus de cadeau, j’ai l’air d’un clochard, je n’ai pas la moindre idée de ce que je peux leur dire, la honte ! Tout faux. J’ai mal partout, je suis fatigué… Je vais me coucher-là et dormir !

-Allez tu vas pas rater ça, on s’en fiche que tu ne sois pas propre. Ils sont pas dans un palace, l’enfant dort dans une grange, j’te dis !

Encouragé par son collègue, Zadig se rendit jusqu’à la crèche. Là, il rencontra le couple, Marie et Joseph. Ils étaient si groggy par la fatigue et la joie qu’ils ne remarquèrent pas que le visage de Zadig était couvert de boue.

-Euh, il y a eu un ange, et… ben, l’enfant, il nous a dit…

-Oh ! Vous devez être Zadig. Les autres bergers nous ont parlé de vous, ils s’inquiétaient. Venez voir l’enfant !

Zadig s’attendait à voir un bébé étincelant comme l’ange qui était venu leur annoncer cette naissance. Mais non, c’était un beau bébé, tout ce qu’il y a de plus normal. Les larmes lui montèrent aux yeux. Ce bébé qui faisait des bulles de bave, comme tous les autres bébés quoi, ce bébé était le sauveur du monde. Il n’avait jamais rien vu d’aussi beau. Zadig s’assit à côté de lui et lui donna le doigt. L’enfant pris son doigt, comme font tous les nouveau-nés, quoi ! Il resta auprès de lui pendant une bonne heure, dans le silence. Non, il n’aurait rien pu faire, dire, offrir qui aurait rendu cet instant plus beau qu’il ne l’est. Cette rencontre se suffit à elle-même. Cette rencontre est tout. Le petit s’endormit. Tout était bien.   

 

Axel Bieber

Tous les jours de l'Avent, Axel Bieber et Jürgen Grauling ont offert un billet électronique. Pour voir les précédents, reportez-vous sur le bloc-notes du site.