Précarité résiliée - Quel Noël après une année 2015 mouvementée ?

Précarité ! Noël après une année mouvementée.

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Dites : « Si Dieu veut et nous vivons, nous ferons ceci et cela… ! », nous exhorte l’épître de Jacques (chapitre 4, verset 15). Avec les récents attentats, cette devise prend un tout autre relief. Il ne s’agit pas de pieuserie, mais d’une invitation à prendre conscience de la précarité de notre existence.

La précarité, dans notre esprit, c’est pour les autres : le tiers monde, les réfugiés, les malades en rémission (de dépression ou du cancer), les sdf, les endeuillés et les réchappés d’accident, l’enfant né dans une mangeoire. Nous qui étions habitués à un système de sécurité (sociale, chômage, aides, allocations, forces de l’ordre) vivions tellement dans une certaine insouciance que

  • d’un côté, nous avions du mal à compatir à la précarité des autres, à découvrir en eux des « prochains », à nous sentir familiers de leurs souffrances (par peur d’être contaminés ?)
  • et, de l’autre, nous assistions à une recherche de sensations fortes artificielles (conduites à risque, sports extrêmes, consommation de stupéfiants)

Les attentats, réels ou empêchés (!), de 2015, nous rappellent brutalement l’équilibre fragile de la paix sociale et de nos conditions de vie. Pouvant frapper n’importe où, en pleine rue, sur les terrasses des cafés, le dimanche à l’office religieux, dans un train Thalys, lors d’un concert, au supermarché, demain – qui sait et sans vouloir semer la panique – au plein milieu d’un marché de Noël, la terreur veut nous déstabiliser et nous plonger dans la frayeur irrationnelle. Et elle y réussit (en partie) ! Surenchère sécuritaire, radicalisation, méfiance et haine vis-à-vis de l’étranger, peur de fréquenter des lieux publics, isolement, augmentation du sentiment de morosité, fuite dans un monde imaginaire (de la toxicomanie aux délires millénaristes) sont malheureusement des phénomènes fréquents que nous devons considérer comme des séquelles post-traumatiques.

Intégrer la précarité et cheminer vers la résilience

Comment vivre et surmonter ces terribles épreuves ?

« Veillez et priez ! », conseille Jésus à ses disciples à Gethsémani (Matthieu 26/36-46), lorsqu’il est sur le point d’être arrêté et livré à la torture. Lui-même éprouve ce besoin impérieux de prier.

Prier, encore une pieuserie ? Quand nous intercédons pour la paix dans le monde, cela ne semble pas très efficace, n’est-ce pas ?

La prière dans laquelle se plonge Jésus, elle, est différente, bien qu’il prie, lui aussi, pour être épargné (« Que cette coupe de douleur passe à côté de moi ? ») et exprime ainsi son angoisse très humaine et le désir d’harmonie. Il poursuit toutefois en tremblant : « Mais que Ta volonté soit faite et non la mienne. ».

Laisserait-il entendre que la violence correspond à la volonté divine ? Certainement pas ! Jésus a saisi et intégré que la violence aveugle est un engrenage qui a une logique propre qu’il est parfois impossible à enrayer. Sauf en refusant d’y céder soi-même et d’accepter de la subir et, dans les cas extrêmes, d’y laisser sa peau. Dans l’espoir mystérieux d’ouvrir une nouvelle voie, la voie de la compassion… malgré la violence et la mort. C’est en cela qu’il reconnaît la volonté du Père, et pour cela qu’il cherche à puiser des forces spirituelles dans la prière.

Après les attentats du 13 novembre, certaines victimes et passants étaient sur le chemin de cette résilience. Telle cette « mamie Danielle », adhérente de l’ACAT (Action des Chrétiens pour l'abolition de la torture et de la peine de mort), qui dit vouloir fraterniser avec les cinq millions de musulmans paisibles et combattre les 10000 radicalisés. Ou Antoine, père d’un enfant de 17 mois, qui a perdu sa femme au Bataclan, s’adressant aux terroristes comme suit : « Vendredi soir vous avez volé la vie d’un être d’exception, l’amour de ma vie, la mère de mon fils mais vous n’aurez pas ma haine ! [… Quant à mon fils,] nous allons jouer comme tous les jours et toute sa vie ce petit garçon vous fera l’affront d’être heureux et libre. Car non, vous n’aurez pas sa haine. »

La vie peut reprendre, clairvoyante concernant sa précarité, ayant traversé la part d’ombre, pour s’ouvrir complètement à la lumière de la compassion (qui n’empêche pas d’appliquer la rigueur contre les malfaiteurs !).

Après – malgré et en dépit de – cette année mouvementée, les yeux grand ouverts sur la précarité,

choisissez la vie !

Jürgen Grauling, pasteur

 

 

 

 

 

Déclaration de l'Assemblée de l'Union des Églises protestantes d'Alsace et de Lorraine, 

réunie à Metz le 14 novembre 2015

 

Nous exprimons notre consternation face aux attentats tragiques perpétrés à Paris hier au soir. 

En solidarité avec les victimes, leurs proches et tous ceux qui ont été touchés, nous dénonçons cette violence intolérable. 

Avec tous les croyants, nous sommes meurtris par toute récupération de la religion et d'une image de Dieu qui justifieraient de tels crimes. 

Nous croyons en un Dieu qui malgré la face sombre de l'humanité appelle à la fraternité, au vivre ensemble. L'amour de Dieu et l'amour des hommes sont indissociables, "celui qui dit qu'il aime Dieu et qui n'aime pas son frère est un menteur." La Bible 1er Épître de Jean 4 v 20. 

Fidèles au message du Christ, nous croyons qu'il nous est possible de vivre ensemble, différents mais égaux en humanité, croyants de toute religion ou non-croyants. 

C'est pour cela que nous appelons chaque chrétien à demeurer dans l'espérance, à persévérer dans la prière, et à témoigner dans le refus de toute stigmatisation. 

 

Nous demandons aux paroisses:

De porter dans la prière les victimes et leurs proches ;

De porter dans la prière nos responsables politiques, les forces de l'ordre, les soignants

De s'associer au deuil national en sonnant le glas

ce dimanche 15 novembre à 18 heures

et d'observer une minute de silence

le lundi 16 novembre à midi

De soutenir toute initiative qui fait grandir la fraternité dans nos paroisses, nos communes et notre pays.

Face à la peur, nous croyons en la force de vie irrépressible de l'Evangile.

 

 

Prière

Par les fenêtres de la télévision, des médias

le malheur du monde se déverse sous mon toit.

Les attentats qui ont eu lieu à Paris Vendredi soir,

captent nos émotions,

nous mettent devant l’horreur et l’absurde.

Les mots nous manquent.

 

Dans cet effroi et accablement,

nous demandons de pouvoir prier,

de porter devant Dieu les victimes,

toutes celles et ceux qui en prennent soin.

De porter devant Dieu les hommes et femmes des services publics qui sont mobilisés

et les responsables de notre pays.

Nous prions pour que la violence recule 

chez ceux qui sont aveuglés par des fantasmes de pureté radicale.

 

Nous demandons de pouvoir offrir

notre écoute et notre parole

dans nos relations, notre temps, 

dans nos réunions et nos lieux de culte.

De pouvoir faire place à la parole

et aux silences échangés.

De pouvoir accueillir et partager

les mots, les soupirs et les sanglots, 

les pourquoi, les colères.

 

Nous demandons de pouvoir cultiver la solidarité et la fraternité

si fragiles et précieuses, qui nous sont confiés.

Nous remettons le temps présent et à venir

et toute chose au Dieu vivant, 

qui en Jésus-Christ nous rejoint et accompagne

dans nos détresses et dans nos espoirs. Amen

 

Pasteure Petra  MAGNE DE LA CROIX (paroisse UEPAL de Sainte-Aurélie, Strasbourg)

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