Je crois, viens au secours de mon manque de foi

Le 8 mars, c'était la journée internationale des droits des femmes

Le 8 mars, c'était aussi un culte consistorial à l'occasion de la fête paroissiale de Baldenheim

La prédication s'est faite à deux voix par Carmen Dölling-Clément et Jürgen Grauling.

Voici la partie de ce dernier qui a pour texte de réflexion Marc 5, 24-34 (la femme avec les saignements) et le mot d'ordre de l'année Marc 9, 24.

 

On me dit : Sois fort. Mais j’accumule les échecs.

On me dit : Sois confiant. Mais à force, j’ai perdu mes repères.

On me dit : Crois en toi. Mais j’ai déjà tout essayé, rien n’y fait.

On me dit : Fie-toi à la médecine. J’ai déjà essayé tous les médecins.

On me dit : Crois dans la bonté de l’être humain. Mais j’ai été déçu des dizaines de fois.

 

Je me demande si la foi n’est pas l’affaire des gens forts. Des gens à qui tout réussit, ceux qui ont le vent en poupe, les riches, les beau-parleurs, les talentueux, les chanceux.

Pour eux, c’est facile de dire « Tout est possible à celui qui croit » ou « la foi déplace des montagnes » ou encore « Celui qui veut vraiment du travail, en trouvera. »

 

Mais qu’en est-il des porteurs de handicap ? Qu’en est-il des malades chroniques ? De ceux qui sont submergés par le deuil ? Des « inutiles », des « non rentables » dans ce monde mercantile, des personnes âgées, des personnes faibles, des personnes sans ressource ? Et que dire des réfugiés aux frontières des pays en guerre ?

Tous ceux-là sont réunis aujourd’hui dans la femme aux saignements, qui touche les vêtements de Jésus en cachette. Dans ces ossements du prophète Ézéchiel.

 

N’ont-ils pas raison, n’ont-ils pas de nombreuses raisons pour manquer de foi ?

De douter du fait que la vie va leur faire des cadeaux.

N’auraient-ils pas raison de s’adonner au désespoir ? De s’adonner à l’alcool et aux addictions ?

N’auraient-ils pas raison de vouloir tout casser d’un système qui fonctionne sans eux, de se révolter sans avoir la moindre idée de ce qu’il faudrait construire à la place ?

 

Où iraient-ils puiser la force du sursaut ?

Où guetteraient-ils l’étincelle de l’espérance ?

 

 

ET POURTANT !

 

Et pourtant, Ézéchiel, sans rien cacher de la gravité de la situation, annonce que la vie reviendra.

 

Et pourtant, elle est là, la femme aux saignements incessants. Souffrait-elle de ce qu’on appelle aujourd’hui l’endométriose, des règles anormalement douloureuses et persistantes ?

12 ans non stop. 12 ans une éternité. 12 ans sans remède. 12 ans à aller de médecin en charlatan, en y dépensant toute sa fortune. 12 ans de honte, d’isolement et de sentiment d’impureté, car souvenons-nous qu’on bannissait les femmes de la vie sociale, le temps que duraient leurs règles.

 

Elle est là. Malgré tous les obstacles qui auraient pu la désespérer. Qui auraient dû la désespérer !

On peut se demander ce qui l’a maintenue debout. Ce qui a entretenu la flamme vacillante de sa foi. Une foi entremêlée de doute, de désespoir et de superstition. Peut-être peu de chose : le souvenir d’une mère résiliente, le soutien d’une voisine souriante ou simplement la soif obstinée de justice.

 

Là voilà donc en train de s’approcher de Jésus. Toucher ne serait-ce que le bord de ses vêtements. Comment ose-t-elle ? N’est-elle pas en quarantaine, puisque le sang rend impure selon le dogme de son temps. Ne devrait-elle pas observer l’isolement dans lequel on aimerait la maintenir comme une pestiférée … ou une coronavirosée ?

 

A peine a-t-elle touché le vêtement du Christ, son mal s’arrête. Mais le doute, la honte et la terreur sont encore bien présents, dès que Jésus pose la question : « Qui m’a touché ? »

Elle se dit certainement : ça y est. On m’accusera et on me condamnera, parce que je ne me suis pas conformée à ma condition de femme, d’impure, de malade. Elle en tremble de peur.

Mais rien de tout cela n’arrive. Jésus ne la blâme nullement. Au contraire, il la félicite et donne raison à cet élan de vie en elle, cette intuition folle qui aurait dû s’éteindre devant tous les échecs qu’elle avait vécus :

« Ma fille, ta foi t’a sauvée ; va en paix et sois saine/délivrée de ton mal. »

 

Jésus, en fin de compte, la délivre de son mal, mais plus encore de la conscience de son mal. Certaines personnes souffrant d’obésité témoignent du fait qu’elles se sentent toujours grosses, même après avoir perdu des dizaines de kilos et retrouvé la ligne.

 

Pas question pour le Christ de laisser cette femme avec le souvenir prégnant de son mal. Il l’en délivre.

Aujourd’hui, en cette journée de la lutte pour les droits des femmes, nous pouvons dire que Jésus refuse d’assigner cette femme à la condition dans laquelle on réduit si souvent les femmes : d’impure, de tentatrice, de dominée, de honteuse, d’inférieure ou que sais-je.

Elle est encouragée à miser désormais encore plus sur ce qui l’a sauvée : l’intuition folle de la foi, cet élan de vie, ce courage d’être, comme le dit le théologien Paul Tillich.

Maintenant qu’elle a fait l’expérience de la solidité de cette intuition, il s’agit de consolider la confiance : en Dieu, en elle-même et puis dans les autres.

 

CONCLUSION

 

Je crois. Viens au secours de mon manque de foi !

 

Les évangiles et la Bible ne décrivent pas la foi comme une forteresse à toute épreuve, encore moins comme une idéologie sans faille.

Elle est plutôt décrite comme une source d’eau vive.

Tantôt un mince filet d’eau, dans le danger de se tarir à tout moment devant un diagnostic implacable et les conditions de vie et de survie effectivement arides (catastrophe climatique, échecs répétés, maladie etc.).

Mais tantôt, elle peut se renforcer à la rencontre d’autres confluents : la bienveillance de l’entourage, une parole d’encouragement, et in fine la rencontre de Dieu. Lui qui nous promet de ne pas étouffer la mèche qui fume encore ni de briser le roseau qui ploie.

 

Soyons à l’affût de cet élan de vie qui sourd en nous, à ce courage d’être parfois si infime, pour nous laisser renforcer dans la rencontre de Dieu. Et devenir, à la grâce du Seigneur, source d’eau vive pour d’autres autour de nous. Pour faire revivre notre réseau de solidarité et l’Église de demain.

 

Que la paix de Dieu qui surpasse toute intelligence garde vos cœurs et vos esprits en Jésus-Christ. Amen

 

Jürgen Grauling

 
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