L'éleveur et le berger

Parabole non-biblique du dimanche 15 octobre

Torstenbehrensflickr Photo : (c) Torsten Behrens, Flickr creative commons

Il était une fois un éleveur de brebis. C’est bien ainsi qu’il convient de l’appeler, car il ne se considérait pas comme un berger.

Il possédait un beau troupeau, un beau parc, autour duquel il avait construit une belle clôture.

Tous les jours, il en faisait le tour pour inspecter si cette dernière était toujours intacte. Lorsqu’il remarquait une brèche, il la réparait immédiatement, puis allait à la recherche de la brebis qui s’était échappée pour la ramener dans l’enclos.

Or, au bout d’un certain temps, il dut constater de plus en plus fréquemment que ses bêtes passaient entre les mailles des filins pour s’enfuir hors du parc, parfois deux, trois, jusqu’à cinq à la fois.

Il fallut se résoudre à renforcer la clôture, par du fil barbelé dans un premier temps, et comme cela n’enrayait pas vraiment la fuite des moutons, en l’électrifiant avec de puissantes piles électriques.

Enfin, la dérobade animale cessa. Cependant, il fallait surveiller de près le fonctionnement électrique de la clôture, car à la moindre panne les brebis en profitaient pour s’évader. Aussi, notre éleveur constata que son bétail se tenait toujours en bordure du parc et bêlait souvent à en déchirer le cœur.

Un jour, il décida d’aller consulter son voisin. Celui-ci était berger, c’est bien ainsi qu’il convient de l’appeler, car il ne se considérait pas comme un éleveur.

Il lui expliqua ses difficultés et se renseigna comment l’autre s’en sortait.

Le berger dit à l’éleveur qu’il n’utilisait le parc que rarement. En général, il passait son temps près de son troupeau, en compagnie de son chien.

L’éleveur, surpris, remarqua qu’il devait y avoir de nombreuses bêtes pour s’échapper au loin.

Pas du tout, répliqua l’autre, c’est exceptionnel qu’une brebis s’éloigne du cheptel ou se perde.

 

Sincèrement intrigué, notre homme demanda alors au berger de venir le voir, afin qu’il se fisse une idée du problème qu’il avait avec ses brebis.

Au jour dit, le berger fit le tour de l’enclos de l’éleveur. Puis il passa au milieu des bêtes et observa le reste du parc.

A la fin de la visite, il s’adressa à son hôte : Cher ami, la clôture que tu as construite pour tes brebis est impressionnante. Cependant, il me semble que tu as oublié l’essentiel.
(...)

 

(...)

Tes brebis ont presque complètement brouté l’herbe du parc. Aussi, la source qui se trouve au milieu s’est encombrée de pierrailles de sorte qu’elle finira par se tarir d’un jour à l’autre.

Mes bêtes à moi ne s’éloignent jamais bien loin, car je veille à les mener toujours dans des pâturages juteux avec de l’eau fraîche à proximité.

Ne sois donc pas obnubilé par ce qui est extérieur, mais préoccupe-toi de la source à l’intérieur et de la nourriture à partager !

 

Une seule chose te manque... (Marc 10, 17-27)

Une seule chose te manque, dit Jésus à l'homme riche : Vends tout ce que tu as pour le donner aux pauvres et te constituer un trésor dans le ciel. Puis viens et suis-moi !

L'homme riche (qui a ému Jésus par sa sincérité !) était fixé sur le respect scrupuleux des commandements. Mais c'est resté une observance extérieure, il était comme obsédé par la clôture de la loi pour être sûr de se maintenir à l'intérieur des limites qui feraient de lui une "bonne personne". En cela, il oublie de se préoccuper du sens profond de la vie qui coulera de source, lorsqu'il se tournera vers son for intérieur...

- pour y découvrir la présence vivifiante de sa relation à Dieu,

- dans la vie au jour le jour avec ses semblables,

- en oubliant les barrières de la richesse et des bienséances.

 

Un mot pour le chameau (ou le cordage !) qui ne passe pas le trou d'aiguille

Cette parole intrigante de Jésus (repris dans le Coran par Mahomet !) se base très certainement sur une homonymie : en araméen (langue parlée par Jésus et ses disciples), le mot "gamla" désigne à la fois le chameau et un cordage assez épais fait de poils de chameau (une proximité qu'on retrouve dans la langue du Nouveau Testament, le grec, entre kamelos, chameau, mot utilisé dans le texte de Marc, et kamilos, cordage). Le dernier mot étant plus rare et technique, la compréhension de "chameau" s'est certainement imposée, alors que rien ne rapproche cette bête de somme du chas d'aiguille !

Quoiqu'il en soit, Jésus avait un goût certain pour l'éxagération et l'hyperbole. Il souhaitait frapper les esprits lorsqu'il dit qu'il est plus difficile à un riche d'entrer dans le royaume qu'à un cordage/chameau d'entrer dans un trou d'aiguille. N'oublions pas qu' "il aima" l'homme riche et avait confiance que des choses sont possibles à Dieu qui semblent a priori impossibles.

L'homme riche s'en alla tristement, mais la Parole du Christ - certainement - continuait à faire son oeuvre pour lui faire découvrir, en fin de compte, sa source intérieure.

Bien à vous,

Jürgen Grauling

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