Marion Muller-Colard

Oser l'intranquillité - Marion Muller-Colard nous tend le "miroir"

Le complexe d'Elie, de Marion Muller Colard, Labor et Fides 2016

Complexeelie

Son style est léger et limpide. Elle a l'air de vous emmener en promenade sur les sentiers qui entourent la clairière de Linthal où elle a élu refuge avec sa famille.

Si les livres d'enfants (dont elle a écrit plusieurs) vont comme un gant à la nouvelle coqueluche de l'édition protestante, Marion Muller-Colard, ne vous fiez pas aux apparences !

Car les chemins qui mènent à sa retraite montagneuse sont raides et son art ciselé trempe la plume dans une longue rumination de l'Evangile, mâtinée de lectures multiples : Hannah Arendt, Hölderlin... Alors quand  le monde extérieur se rappelle malgré elle, à travers la lucarne des communications modernes, c'en est fini avec l'apparente tranquillité, à regret et à souhait.

Après avoir abordé le courage de vivre face au mal extrême (L'Autre Dieu), son nouvel ouvrage raconte la rencontre improbable, mais ô combien essentielle, entre l'action politique et la transcendance. Entre l'homo politicus, Joseph Spiegel, "ingénieur" de polique participative, et l'humana contemplativa, la théologienne Marion Muller-Colard.

Le résultat est une bonne nouvelle, euangelion, qui vous plonge dans la quintessence de l'Evangile avec ce qu'il a de déculpabilisant et d'exigeant, à la fois.

Lorsque vous terminez la lecture, vous n'en avez pas fini avec le livre. Il vous laisse dans une "intranquillité" bénéfique, car la véritable rencontre de l'Autre (des autres) est à ce prix. Des réponses toujours à inventer, le refus des solutions prêt-à-porter, l'implication personnelle, avec le "complexe d'Elie" qui guette à tout moment, ce désespoir de ne pas faire "mieux que ses pères".

Vous auriez peut-être envie de vous exclamer : "Spiegel, président !", mais ce livre ne présente pas un programme présidentiel avec le confort d'idées toutes faites qu'il suffirait d'appliquer.

"Spiegel, président !", pourquoi pas, mais pas sans qu'il vous tende le "miroir" (traduction du patronyme de Joseph) pour vous demander : "Et toi, comment t'impliqueras-tu dans l'action publique ? Quelle est ton humble part de prophète ?"

J. Grauling

 

 

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