Billets de jplepell

Enfants de Westhoffen #CalendrierAvent04

Parfois, l'actualité déborde sur notre quotidien, bouleverse, dérange. Hier j'ai été choqué et attristé de voir qu'encore une fois, dans notre région, 107 tombes ont été profanées dans un cimetière juif. Les actes gratuits de haine ne prennent pas de pause, même pendant la période de l'Avent. Qu'importe : rien ne nous empêchera de continuer de puiser notre source à l'eau de la vie, qui renouvelle en nos coeurs notre détermination à choisir la justice en toute circonstance, à refuser toute forme de haine. 

Pour aujourd'hui, nous vous laissons avec ce magnifique texte de la rabbin Delphine Horvilleur, édifiant et parlant : 

Je suis enfant de Westhoffen, même si je n’y ai jamais mis les pieds. 
Je suis enfant de Westhoffen où poussent de célèbres cerisiers, même si je ne les ai jamais vu fleurir.

Je sais qu’ils sont plantés là, précisément où s’enracinent les traces de ma famille, sur cette terre où a joué et ri mon grand-père, celle où son propre grand-père, instituteur du village, emmenait rire et jouer ses élèves. 

Sur cette terre étonnamment fertile, ont poussé bien des branches glorieuses de l’histoire de France, sur ce terreau commun des Léon Blum, Robert Debré, Karl Marx, Ernest Guggenheim, Laurent Schwartz et tant d’autres... Leurs racines passent par là : tous « enfants » de Westhoffen comme je le suis. 

Et les cerisiers, même déracinés et plantés ailleurs, donnent des fruits qui ont une étrange mémoire, le goût d’une reconnaissance envers la terre qui les a abrités.
Dire que de sinistres idiots s’imaginent que l’on peut arracher ces arbres dans les cimetières, ou couper des racines en profanant des tombes!
Personne ne leur a dit que les cerises se conservent? Ne savent-ils pas qu’elles se gardent éternellement... à condition de les mettre dans de « l’eau de vie »? Pas dans l’alcool! Dans l’eau de vieS, dans le flux de celles et ceux qui choisissent la vie, qui l’honorent et la respectent. Une eau vive que ces odieux profanateurs n’ont aucune chance de goûter un jour.

Calendrieravent201904chris

(c) Photo : Flickr Chris¨^_^ (cimetière israélite Nice)

 

JPL

Lire la suite

Lever la brume #CalendrierAvent03

Lorsque je me réveille tôt le matin dans ma belle vallée de Ste-Marie-aux-Mines, régulièrement, je suis émerveillé par l'épais brouillard qui m'environne. Les particules d'eau envahissent l'air au point qu'on ne parvienne plus à y voir grand chose à la ronde. On en oublierait presque l'existence des montagnes autour de nous tellement tout est opaque. Certains jours d'hiver, les matins sombres de grand brouillard, même le lampadaire en face du presbytère se transforme en halo de lumière vague au bout d'une petite tige qu'on distingue à peine.

24082660497 276f8e49a9 k

Cette brume provoque un sentiment mêlé d'admiration et de crainte. D'un côté, je fais partie des admirateurs du brouillard. Il y a un certain romantisme qui se dégage de cette ambiance, qui m'évoque le tableau de Caspar David Friedrich où un voyageur au sommet d'un rocher contemple un paysage brumeux. C'est un sentiment d'émerveillement face au mystère de la nature, à sa beauté qui nous dépasse. En même temps, cet engouement fait également place à une forme d'inquiétude. Il est de notoriété publique qu'il ne fait pas bon de prendre la route lorsque la visibilité est mauvaise, peu importe la qualité de vos feux de brouillard. Sans parler du fait que cette brume qui nous prive du Soleil peut progressivement devenir un peu plombante pour le moral. 

Ce matin, comme à son habitude, la brume était là sur la vallée, plutôt légère en ce troisième jour de l'Avent. 

Et aujourd'hui, elle me parle particulièrement face à la période de nous vivons. Voilà maintenant plusieurs années que la brume inquiétante a envahi nos vies. Dans la société civile, dans l'Eglise, parfois même dans notre vie personnelle, nous avons du mal à distinguer l'horizon. Il faut bien avancer, bien sûr. Mais tout paraît opaque, flou, et on ne sait pas trop vers où on va, quand bien même on aurait une idée de la destination. On tâtonne, on marche doucement, on essaye de naviguer tant bien que mal, à vue. L'inquiétude gagne, et avec elle un certain manque de confiance en cet avenir qui paraît si obscur, si embrumé... 

Mais voilà que la période de l'Avent nous rappelle qu'au-delà à cette brume, qu'il y a un souffle, une vie, une lumière. L'horizon de l'Avent nous place face à la perspective d'une venue, celle d'un enfant, celle d'un Sauveur. Laisser vivre cette attente en moi, n'est-ce pas aussi laisser grandir en moi une espérance qui lève le brouillard pour laisser place à la confiance de l'évangile ?

"Lève-toi, brille : ta lumière arrive, la gloire du Seigneur se lève sur toi. Certes, les ténèbres couvrent la terre et une obscurité épaisse recouvre les peuples ; mais sur toi le Seigneur se lève, sur toi sa gloire apparaît." (Esaïe 60.1-2)

Jean-Philippe Lepelletier

Lire la suite