Billets de selestuepal

La journée d'un ouvrier de la première heure

Matthieu 20/1-16 parabole des ouvriers de la dernière heure

Prédication rimée du dimanche 12 février 2017

(Septuagésime, thème : Mérite et grâce)

 

Ma journée d'ouvrier de la première heure

 

De grâce !

Ne me parlez pas de grâce

moi je bosse et j’amasse

faire la journée de douze heures

cela ne me fait pas peur

 

Sur le marché, je me présente tôt

six heures du mat’, au bas mot

car tel maître qui sort tôt du pieu

des chances pour qu’il paye mieux

 

Des chances pour qu’il sache apprécier

le sérieux du travail effectué

Des chances même infimes

pour que le soir, il donne une prime.

 

Ce matin-là, je suis bien tombé

A peine me suis-je présenté

que déjà suis embauché

Une pièce d’argent, tope là, accepté !

 

Avec cela je peux nourrir

ma femme et mes enfants

peut-être même leur faire plaisir

en passant chez le marchand

 

Ah, que j’aime ces heures de l’aurore

surtout dans le vignes que j’adore

Vraiment suis bien tombé

s’annonce une belle journée

 

En plus, tout est organisé

les outils, le planning, le rythme et l’allure

Il est permis de plaisanter

avec les camarades d’aventure.

 

Plaisant, c’est bien le mot à dire

Jamais je n’aurais cru possible

qu’au travail on prendrait autant de plaisir

Toujours ce n’était qu’un devoir pénible.

 

Neuf heures, moment de répit

un casse-croûte est même servi

C’est pas de refus, car il va faire chaud

les prochaines heures de boulot

 

Tiens, le maître amène du renfort

Des ouvriers un peu lève-tard

Au fond, il n’a pas tort

La tâche abonde, elle n’est pas rare.

 

Midi, ah, le soleil tape dur

La pause, je l’aurais méritée pour sûr.

Mais misère ! Pour tout sandwich

je n’ai qu’une toute petite miche.

 

A peine la sors-je de ma besace

que le maître organise une communion

saucisses, gâteaux, tout un repas de grâce

où eau et vin coulent à profusion.

 

Quelle joie, les sourires et les rires fusent

ils chassent la fatigue qui use

Le partage n’est pas que de nourriture

mais d’échanges profonds et de fioritures.

 

Au travail ! Avec une fraîcheur nouvelle

Ce repas m’a requinqué

pas que le corps, c’est sprituel !

Il m’a entièrement réveillé !

 

Mais que ne vois-je ? Le maître, de plus,

a fait de nouvelles recrues.

Venez, venez, entrez dans la ronde

car – oui ! - le travail abonde !

 

Le repas était bon,

mais l’après-midi très long

Les bras s’épuisent

Les forces s’amenuisent

 

Le maître, et c’est heureux

déniche des renforts de dernière heure

On se demande qui sont ces gueux

Mais ils nous soulagent ! A la bonne heure !

 

A la bonne heure aussi, le soir arrive

Ça sent les retrouvailles avec la famille

Aujourd’hui, j’apporterai une grive

La fête se prolongera comme à midi.

 

Lorsque je pense aux miens

j’ai une pensée aux leurs

on doit gagner un rien

lorsqu’on arrive à la dernière heure

 

Ce soir encore, ça doit être la misère

ils doivent se sentir mauvais maris et pères

J’en aurais presque pitié

Mais enfin, faut être sérieux en son métier.

 

Cela se lit sur leurs visages

lorsqu’ils se présentent au receveur

Ils ne peuvent s’attendre à des mirages

avec trois, voire qu’une heure au compteur.

 

Pourtant leur visage s’éclaire

Ils ont l’air réjoui

Oui, c’est qu’ils sourient

Quel est donc ce mystère ?

 

Il paraît, c’est incroyable,

qu’eux aussi ont recueilli

le salaire d’une journée ouvrable

Y a de quoi être surpris !

 

Tant mieux pour eux

Tant mieux pour leurs familles

Mais vraiment quel maître généreux

qui ne fait pas d’économies

 

Tant mieux sans doute pour nous

car j’ai la conviction intime

oui j’ai cet espoir fou

de recevoir une belle prime

 

Je vais pouvoir faire des folies

boire un coup au bistrot du coin

acheter des cadeaux pour la familles

et demain ne faire rien !

 

Las ! Quand c’est mon tour

Une seule pièce se renferme dans ma main

Eh maître, mais pour l’amour

du ciel, expliquez-vous, car je me plains.

 

J’ai bossé dur

toute la journée

Le soleil a tapé sur

ma boîte à raisonner.

 

Qu’ai-je fait pour que tu te moques

du travail bien fait

Agissant ainsi, tu m’escroques

ton respect, j’ai mérité

 

Les autres n’ont quasi rien fait

et vont se pavaner devant leur belle

Si c’est ça ce qui te plaît,

invente le rev’nu universel

 

C’est ainsi que je m’ébruite

que je gonfle mon buste

que j’étale mes mérites

Car vraiment c’est injuste.

 

La grève, ça me connaît

je ne me laisse pas faire

Ma voix de loin se reconnaît

je dis ce qui ne va pas plaire

 

Ni Dieu ni maître

Personne n’a plus de poids

Tous, je les envoie paître

souvent avec une solide mauvaise foi

 

A moi d’apprendre une leçon

Loin de se démonter

le maître me répond

n’a pas peur de l’effronté.

 

Pour l’amour du ciel, j’agis

Voilà ce qu’il me dit

M’en veux-tu que je sois bon

La grâce est un don profond.

 

Une justice bien plus juste

qu’un calcul proportionnel

des mérites ou d’actions injustes

de bonté ou de fiel

 

N’as-tu pas retiré tes billes

ne peux-tu pas nourrir ta famille

De plus, tu as passé une riche journée

as mangé, chanté et communié

 

Veux-tu vraiment tout gâcher

et rentrer chez toi tout fâché ?

Va et réjouis-toi avec les tiens

et demain, à la première heure, reviens.

 

Vis la vie à pleines dents

Expose ta peau à tous les vents

fais ce qui t’es donné faire

c’est ça la vie qui va te plaire

 

C’est elle qui va faire sens

te faire grandir d’expérience

va faire de toi un responsable

bon, droit et charitable

 

De grâce, réfléchis et médite en toi

Qu’est-ce qui dans la vie a vraiment du poids ?

Que tu thésaurises, que tu amasses ?

Ou de vivre, jour pour jour, de la grâce ?

 

Que cette miséricorde, cette grâce

qui mystérieusement tout dépasse

la sagesse de tous sages

te garde d’âge en âge.

 

Qu’elle te chante sa chanson

de bonté et de pardon

Qu’à la perfection elle t’emmène

aujourd’hui et demain. Amen.

 

(Une fois par an, autour de carnaval, Jürgen Grauling propose un culte avec une prédication en rimes)

 

 

Hip, hip, hip Solange

Solange70

Samedi dernier, notre fidèle sacristaine a fêté ses 70 ans.

Au culte dimanche, nous avons fêté avec elle :

bouquet, chant des enfants, poème :

 

Faisons, aujourd’hui, un peu de bruit,

un peu de tumulte

à la femme aux 2000 cultes !

 

Car depuis qu’elle pris son poste

à la suite de Madame Jost

elle ne ménage pas sa peine

J’ai nommé notre chère sacristaine

 

Car si les pasteurs viennent et changent

celle qui reste, c’est Solange

Heintz, Rébert, Wenger ou Grauling

tous auront connu Mme Weigerding

 

35 ans ou à peu près

qu’il vente, qu’il pleuve ou que soleil il fait

Elle est là, notre Solange

nettoie, prépare, sonne les cloches et range

 

Mariages, cultes et enterrements,

Solange est là fidèlement

soulage le pasteur discrètement

qui peut compter sur elle promptement.

 

De la paroisse, elle est la bonne fée

qui carbure à force de café

qu’elle consomme aussi en d’autres lieux

à divers emplois et la Croix Bleue !

 

Hier, elle avait un anniversaire rond

Ce n’est pas pour ça qu’elle fait le pont

Elle est là et ne songe à la retraite

C’est pourquoi nous lui faisons la fête

 

Un bouquet et de sincères vœux :

soyez bénie, santé, sérénité, des proches heureux

Uf ditsch : Solange, so gut.

Viel Glück und frohen Mut.

 

Avec un jour de retard sur hier

nous vous souhaitons

un joyeux anniversaire !

Jeu d'échecs coopératif - épiphanie personnelle

0109

La vie est un jeu d’échecs,

un jeu compliqué dans lequel on déboule néophyte,

sans comprendre le mouvement bizarre des pions.

En observant, on saisit que c’est chacun son tour,

qu'il y a différence entre petites et grandes figures.

 

La vie est un jeu d’échecs,

dont on finit par apprendre les règles.

En s’appliquant, on arrive à manier les pions,

même les fous et la cavalerie,

même les feintes et les ruses.

Parfois, on tire son épingle du jeu,

on bat la reine de l’adversaire,

on le met échec… et mat.

 

La vie est un jeu d’échecs,

où l’on subit des revers

et des surprises.

Mais si l’on ne veut pas que les matchs soient nuls,

il paraît qu’il faut un gagnant et un perdant.

 

Mais ça, c’était avant !

Avant l’épiphanie,

avant la manifestation du Roi,

avant qu’il ne subisse l’échec retentissant,

et son revers :

le mat pour toujours maté.

 

La vie est un jeu coopératif,

depuis que le logos y a mis la lumière,

que la logique interne est révélée, le sens profond dévoilé,

que le logiciel est mis en open source,

la matrice découverte maternant et paternelle.

On y gagne le royaume

au milieu du « nous ».

On y met le prochain debout.

Et c’est à ce jeu-là que je joue

et plus jamais n’échoue.

 

J. Grauling, 9 janvier 2017

Jean 1, 1-18

 

Un ange dans le doute - calendrier de l'Avent Déc24

Un ange, cela ne se pose jamais de question !

Lintannonciation (c) Wikimedia

Pensez-vous !

Gabrielle est bien trop méticuleuse pour négliger le moindre détail. Mais il arrive que dans les préparations les plus parfaites s'introduit un petit grain de sable.

Crrrrrrrrrrrrrr !

Que faire ? Consulter l'ange Orthophonielle, spécialisée en TCC (thérapie comportementale du ciel) ?

Ce ne sera pas sans mal que Gabrielle viendra au bout de sa triple mission annonciatrice, auprès de la jeune Miriam, de son fiancé Joseph et des bergers de la contrée de Bethléem.

Comment ?

Découvrez-le ce soir, lors de la

Veillée pour petits et grands

24 décembre, 18h, en l'église

 

ou maintenant ici :

Defautdelangagenoel2016defautdelangagenoel2016.pdf (238.08 Ko)

 

Bons préparatifs de fêtes bénies. De Noël pour les chrétiens, de Hanouka pour les amis israélites.

Jürgen Grauling

 

Les précédents billets du calendrier de l'Avent offerts par Axel Bieber et Jürgen Grauling : www.martinbucer.org/blog

Conte de Noël, vidéo des Buceroles - Calendrier de l'Avent Déc22

Coïncidence de fêtes

Cette année 2016, Noël et la fête des Lumière juive, Hanoukka, tombent en même temps. En effet, les familles israélites allumeront la première des huit bougies de la Hanoukkia le 24/12 au soir, au moment où nous fêtons nos veillées de la nativité de Jésus.

C"était l'occasion de rappeler la proximité de nos religions lors de la saynète jouée par les enfants des Ecoles du Dimanche du Consistoire de Sélestat.

L'étoile de la Bergère : Miriam, une petite orpheline vit dans les champs de Bethléem avec son grand-père Rouven, lors de la fête de Sukkot. Elle rève de devenir bergère et se passionne pour les histoires des grands bergers d'Israël : Abraham et David.

Alors son grand-père lui fait découvrir une étoile mystérieuse et malicieuse, celle des bergers. Bientôt, l'étoile n'aura plus de secret pour Miriam et la guidera vers le Berger qui réunira la confiance d'Abraham et le courage de David...

Voici la version des Buceroles de Sélestat :

Voici le conte à l'origine de ce jeu de crèche :

L’étoile de la Bergère

Je n’avais à l’époque que 11 ans. Chose rare dans le village, je connais mon âge assez précisément. Je suis née en effet, lors du premier jour de la fête de Hanoucca, le 25 Kislev, pendant cet hiver rude et interminable qui avait succédé au lancement en grandes pompes de la reconstruction du Temple de Jérusalem. Hérode – le « Grand » se fit-il appeler – se prenait pour le Salomon des temps modernes et avait été applaudi pour ce projet monumental. Prêtres et courtisans s’en félicitèrent, et aujourd’hui il constitue, bien que inachevé, le fleuron du pays, réputé jusqu’à la lointaine Rome. Mais le tribut le plus lourd, c’était les pauvres bougres de la campagne qui avaient à le payer. Mon père, dans la force de l’âge, berger de son métier, avait été réquisitionné, comme tant d’autres, pour prêter main forte aux travaux surhumains, en contrepartie d’une solde misérable. La saison particulièrement rigoureuse avait interrompu le chantier, de sorte qu’il pût assister à ma naissance. Ma mère, je ne l’ai jamais connue. En effet, l’accouchement avait été difficile et le froid l’épuisa rapidement de manière qu’on la portât en terre, alors que je n’avais qu’une poignée de semaines. Mon père ne s’en remit jamais et s’en alla à son tour lorsque j’avais trois ans.

Ma tante me nourrit à son sein, en même temps que mon cousin Ephraïm, puis je grandis chez mes grands-parents paternels. Ma grand-mère voulut m’initier aux arts culinaires et aux travaux domestiques, mais moi, je préférais suivre Rouven, mon grand-père, sur les chemins abrupts des collines judéennes à la recherche de nouveaux pâturages pour les troupeaux. On m’accorda ce caprice. « La pauvre ! », entendis-je souvent dire dans mon dos, « elle est orpheline … »

En fait, je m’appelle Miriam. J’étais heureuse au grand air et grand-père, qui connaissait chaque vallon, chaque recoin de la contrée, m’initia aux secrets des pâtres. Il me montrait comment guider les bêtes, comment les soigner lorsqu’elles étaient blessées, comment les défendre contre les prédateurs. Les garçons des autres bergers ne se formalisèrent pas que je fusse une fille et m’acceptaient comme une des leurs en m’intégrant dans leurs jeux et leur compagnie. Bienheureuse troupe des pastoureaux : ici les convenances n’importent guère, et malgré une rudesse certaine l’authenticité l’emporte sur le qu’en dira-t-on !

Sukkot était ma fête préférée. Dès que j’avais atteint l’âge de six ans, j’avais le droit de passer les nuits dehors sous les abris de fortune, ces huttes construites près des troupeaux pour la fête qui nous rappelle la traversée du désert du peuple Israël. Autour du feu, les anciens racontaient les histoires d’autrefois. Celle de Moïse et de Josué. Celle d’Abraham qui s’était fait berger pour suivre l’appel du Très-Haut, béni soit-il, laissant à Loth la ville et la civilisation et se contentant, lui, d’une vie nomade. La nuit était en train de tomber, mon grand-père me montra alors l’étoile à l’horizon. Elle brillait, alors qu’il faisait encore jour. « Vois-tu, Miriam, l’étoile là-bas ? C’est l’étoile du berger Abraham, elle brille seule dans l’obscurité naissante. Il était le premier à croire en Celui qu’on ne nomme pas. Mais bientôt, il sera rejoint par une myriade de petites lucioles célestes qui porteront leur confiance à travers les ténèbres ! » Pendant la semaine que durait la fête, je guettai l’étoile tous les soirs, et son apparition me remplit d’une joie inexplicable. Je luttai contre sommeil et ne m’endormis que lorsqu’elle disparut à l’horizon.

L’année suivante, à Sukkot je me mis à guetter l’étoile d’Abraham, mais les nuages cachaient mon ciel. Ce n’est qu’au troisième soir qu’il était dégagé et serein, mais l’étoile espérée ne se montra pas. Déçue, presqu’en pleurs, je m’en ouvris à Rouven. Mon grand-père me consola : « Ne sois pas triste, notre étoile est facétieuse, c’est une vagabonde, une nomade. Ce n’est pas pour rien qu’elle est l’étoile des Bergers. Couche-toi et tâche de dormir. Demain matin, je te réveillerai très tôt et tu la retrouveras, je te le promets. »

Quand Rouven vint me trouver, il faisait encore nuit. « Allez, debout, chasse le sommeil de tes yeux ! », me chuchota-t-il, pendant que les autres dormaient encore. Puis, il dirigea mon regard non vers l’Ouest où j’avais pris l’habitude de guetter l’astre, mais au Levant. Et surprise, l’étoile y brillait, plus forte que toutes les autres. « C’est elle ? », lançai-je. « Mmh ! », acquiesça grand-père. « C’est l’étoile du berger David. Alors que le pays souffrait sous la férule des Philistins, David, encore un enfant, prit courage et abattit le géant Goliath avec sa fronde. Ce fut le début d’un temps béni pour le Royaume… Le jour viendra où un berger réunira la confiance d’Abraham et le courage de David pour mener le peuple en pleine lumière ! » Je restai là à méditer les paroles de mon grand-père et ne me lassai pas d’observer l’étoile jusqu’à ce qu’elle disparût alors que la matinée était déjà avancée.

Dès ce jour, je me promis de tout apprendre sur « mon » étoile. Je l’observais à chaque fois que je pouvais, je devins incollable à son sujet. Je la cherchais avant le coucher du soleil ou me levais aux aurores. J’appris qu’elle se montrait par cycles de plusieurs mois, tantôt autour du lever, tantôt autour du coucher du soleil. Je compris que l’éclat de sa lumière variait. Que pendant de longues semaines, elle se cachait trop près de l’astre du jour pour la déceler. Qu’en général, cela laissait présager qu’elle allait passer du matin au soir ou inversement. Un cousin éloigné, en visite de Césarée m’enseigna que les Romains la prenaient pour une déesse lui donnant le nom de Vénus. Que les Grecs prétendaient qu’il ne s’agissait pas d’une étoile, mais de ce qu’ils appelaient des « vagabonds », « planètes » dans leur langue. A force de regarder le ciel, j’appris à reconnaître différentes constellations, faites d’astres beaucoup moins nomades que la mienne, comme fixés à la voûte céleste.

Le soir, sous les huttes de la Sukkot et pendant les longues attentes auprès des moutons en train de paître, avec grand-père j’écoutai avide les histoires des bergers de mon peuple. David, bien sûr, lui qui, huit siècles plus tôt, avait arpenté les même chemins que Rouven et moi autour de Bethléem, fondant une lignée royale dont un lointain descendant deviendrait le messie envoyé du Très-Haut, béni soit-il. D’Abraham, mais aussi de Jacob, grand-maître dans le croisement des espèces de brebis. Moïse, qui a la recherche d’un agnelet perdu fit la découverte de Dieu « Je suis qui je serai » dans le buisson ardent. Berger d’hommes ensuite, Moïse mènerait notre peuple pendant 40 ans de l’esclavage à la liberté, de la superstition à la crainte du Dieu Unique, Créateur de toute chose. Par chœur, je récitai le psaume de David sur Adonai qui est notre berger, nous guidant à travers la vallée de l’ombre de la mort, les paroles du prophète Ezéchiel sur les bons et les mauvais Bergers du peuple d’Israël.

J’avais donc 11 ans, presque 12 en fait. Depuis quelques mois, à force d’insister, on m’avait laissée depuis l’été passer certaines nuits avec les autres, auprès des troupeaux, et pas seulement lors de la fête de Sukkot.

J’eus de la chance, la saison était exceptionnellement longue et même l’hiver tellement doux que nous continuâmes à garder les moutons dehors. Nous allions même fêter Hanoucca dans les champs ! Je suis née à Hanoucca, vous vous rappelez ? Lorsqu’au coucher du soleil de ce 25 Kislev, j’eus le droit d’allumer la première lumière de la Hanoucca sur un candélabre de fortune, je regrettais de ne pas apercevoir ma facétieuse étoile juste au-dessus de l’horizon. Depuis le dernier soir de la fête des cabanes, elle manquait à l’appel. Elle m’avait cligné des cieux pour me dire : « A bientôt ! ». Arriverait-elle pour la fête des Lumière ? « Au revoir, étoile d’Abraham, à bientôt, étoile du berger David ! »

Les jours passèrent et nous fêtions le dernier soir de Hanoucca, sans qu’elle ne se montrât. Nous étions encore en train d’évoquer les histoires de notre peuple d’Israël, quand les huit flammes de la Hanoucciah s’étaient éteintes après avoir épuisé toute l’huile du candélabre. Allongés près du feu, les uns après les autres tiraient leur couverture et se tournèrent pour dormir. Tout à coup, il fit clair comme en plein jour. Des lumières de toutes les couleurs jouaient dans le ciel, un spectacle magnifique mais aussi effrayant tant il était extraordinaire. Un miracle de Hanoucca ? Une demi-heure plus tard, la nuit tomba à nouveau, mais les bergers mirent bien longtemps pour se rendormir. Quant à moi, je veillai. Quelque chose dans cette nuit était décidément mystérieux.

Aussi était-ce moi qui entendis des chants remonter de la vallée, bien avant le lever du soleil. Je découvris qu’il s’agissait des amis pâtres de la vallée voisine qui s’approchaient de notre feu. Tout en entonnant de joyeux chants. Des chants religieux, pas des paillardises comme à leur habitude. Je me mis à réveiller les autres. En grognant, ils sortirent de leur sommeil et assistaient ébahis à la chorale des camarades. « Oh ! Que vous arrive-t-il ? C’est une blague de potache ? », s’exclama mon oncle, le père d’Ephraïm.

« Vous ne croirez jamais ce qui nous est arrivé ! », nous dirent-ils : « Nous avons été réveillés en pleine nuit, par l’armée céleste, qui chantait à pleine voix ! Une scène merveilleuse, l’harmonie de ces chœurs, mais c’était aussi angoissant. De plus, la voûte du ciel s’était illuminée de toutes les couleurs. Alors, un ange nous a annoncé : N’ayez pas de frayeur ! Un Sauveur vous est né à Bethléem, un roi couché dans une crèche ! »

« Ah, ah ! Vous avez dû boire un peu trop hier, au dernier soir de Hanoucca ! Cela et les étranges lumières de la nuit, ça a dû vous tourner la tête ! Ah, ah, ah ! », renchérit le mari de ma nourrice avec un clin d’œil entendu.

« Non ! », dirent les visiteurs : « Ecoutez plutôt ! Nous nous croyions aussi victimes d’une hallucination. Mais aussitôt la nuit et le silence retombés, nous ne tenions plus en place. Nous nous sommes mis en route pour vérifier les dires que nous avons cru entendre. Et croyez-le ou non : nous avons effectivement trouvé un nouveau-né, le Fils de Joseph et de Miriam venus de Nazareth pour le recensement. Leur enfant était couché dans une crèche, car toutes les chambres d’hôtes étaient complètes. »

« Grand-père, mais ils disent vrai ! Regarde ! », m’écriai-je. Je pointai mon doigt vers l’horizon où le jour poignait déjà. Et juste au-dessus de la ligne de partage, elle était là et étincelait de tous ses feux : mon étoile, ma brillante étoile du matin. Quelques semaines en arrière encore étoile pionnière de la foi d’Abraham, maintenant lumière du secours de David ! « C’est sûr : elle annonce la venue du messie ! »

« Venez, venez vite ! », criai-je et déjà j’étais en chemin voir l’enfant que la brillante étoile du matin m’indiquait, le miracle de la Hanoucca de mes 12 ans. J’allai courir voir l’enfant né d’une jeune femme obéissant au même prénom que moi, Miriam, moi qui n’ai jamais connu ma mère.

Epilogue :

Depuis ce temps-là, je n’ai cessé d’observer ni les étoiles, ni de guetter les prophéties d’antan. Et je n’ai jamais perdu de vue l’enfant de la crèche devenu adulte. Aujourd’hui, nous approchons de la fête de Pâque et celui qu’on appelle « Adonai sauve », Yéshoua, entre à Jérusalem juché sur un âne, sous les acclamations de la foule. C’est le dernier soir de Hanoucca que j’ai vu mon étoile pour la dernière fois avant qu’elle ne se cache dans le soleil. Qu’arrivera-t-il dans une semaine, lorsqu’elle annoncera le matin d’une nouvelle ère ?

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Jürgen Grauling, Noël 2015

Chaque jour de l'Avent, Axel Bieber et Jürgen Grauling vous offrent un billet électronique. Pour voir les précédents : www.martinbucer.org/blog

L'éloge de l'intranquillité apaisée - Calendrier de l'Avent Déc19

Eloge de l'intranquillité apaisée

[Calendrier de l'Avent Déc19]

La tension…

J’aurais aimé, Marion, que ton livre garde un peu plus la tension, l’équilibre entre intranquillité et tranquillité. Qu’une dizaine de pages fasse l’éloge de la dernière pour faire bonne mesure au piédestal dressé à la première.

Car vois-tu, je conseille volontiers l’ouvrage, mais je trouve qu’il faut le lire dans un moment de calme. A tête et à esprit reposés et non dans un état d’intranquillité intérieure, sous peine de devenir angoissant. C’est paradoxal, non ?

Je suis sûr que tu as dû l’écrire toi-même dans ta retraite montagneuse…

Le Fils de l’homme n’avait pas de tanière et pas de nid. Certes. Mais il avait des ami(e)s sur qui compter et des gîtes dont la porte était ouverte : pensons à Marthe, Marie et Lazare, à la belle-mère de Pierre, aux habitudes qu’il semblait avoir au mont des Oliviers. Des décennies de sédentarité semblent avoir précédé sa vie nomade de prédicateur qui n’aura, elle, duré qu’une paire d’années.

Et puis, il avait un lieu de retraite (presque) imprenable, à l’intérieur de lui-même. Cette relation si particulière au « Père ». Parce que le Tout-Autre lui était devenu familier, il avait la possibilité de se porter à la rencontre des autres. Tu parles d’ailleurs de son expérience baptismale qui lui permet de résister aux tentations.

Alors, bien sûr, la tension entre solitude reposante et sollicitude exigeante est présente en filigrane entre tes lignes. Mais je te trouve dure lorsque tu laisses entendre qu’on passe à côté de la vie pendant les jours creux de l’existence :

« La voie de l’intranquillité s’est imposée à moi par la force des choses. […] Il y a d’autres choix, bien sûr : vivre sans être vivant, ce qui m’arrive plusieurs fois par jour, plusieurs jours par mois, plusieurs mois par an. » (p. 39)

Sans doute, il n’y a pas de « vie vivante qui puisse s’affranchir de l’intranquillité. » (p. 40), mais y a-t-il vie vivante sans repos ? Les jours creux, la saison froide ne font-ils pas gagner en profondeur, rejeter les branches mortes, pousser des racines imperceptiblement qui nous permettent ensuite de déployer des ailes au printemps revenu ?

Aspirer à la tranquillité me paraît sain, sous condition de ne pas nous y barricader derrière des « convictions définitives » dans l’angoisse de tout dérangement. La vie est faite de mises en mouvements alternées de consolidations provisoires.

J’aimerais donc terminer ce message que je t’ai adressé en trois parties, Marion, en faisant l’éloge d’une « intranquillité apaisée » ou d’une « sérénité alerte ».

Heureuses fêtes de la nativité à toi et aux tiens !

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(c) photo wikimedia commons

Jürgen Grauling

 

Marion Muller-Colard, L’intranquillité, Bayard J’y crois, 2016, 107 pages

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* La théologienne Marion Muller-Colard, théologienne habitant Linthal, vient de publier L'intranquillité chez Bayard. Voir l'article de La Croix.

Voir l'article L'éloge de la tranquillité

Voir l'article L'éloge de l'Intranquillité

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L'éloge de l'intranquillité - Calendrier de l'Avent Déc18

Eloge de l'intranquillité

[Calendrier de l'Avent Déc18]

 

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Alors l’intranquillité, pourquoi la mettre en avant ?

Pourquoi en faire un livre entier ?

C’est que, comme tu le dis, Marion, nous ne la choisissons pas.

Elle s’impose d’elle-même, et à certains plus qu’à d’autres.

Alors qu’en faire ? La noyer sous des tranquillisants et des anxiolytiques ?

Ou alors, lui offrir un verre, la nuit lorsqu’elle empêche de se rendormir,

l’écouter, voire… l’aimer un peu ?

« Disons en effet que si nous n’avons d’autre choix que de vivre avec elle, autant l’aimer un peu, notre intranquillité. » (p. 28)

Des fois qu’elle aurait quelque chose à nous dire. Quelque chose d’essentiel, lorsque nous ne craignons pas pour l’existentiel, la simple survie (voir l’éloge de la tranquillité).

Des fois qu’elle nous parlerait de l’autre monde (celui de Dieu), d’une justice et d’une paix plus profondes que nos armistices et nos petits arrangements du moment.

Alors, il est urgent de ne pas estourbir cette intranquillité.

Son dérangement est bénéfique, son susurrement vital.

Elle nous mettra alors en route sur la piste de la vie !

 

Comme pour Marie, à la visite de l’ange Gabriel.

Ah, les belles pages que tu nous offres à décrire l’annonciation du retable d’Issenheim :

« Cambrée, rétive, [Marie] détourne sa face du regard et des deux doigts impératifs que Gabriel pointe vers elle. L’Esprit saint […] n’attend qu’un oui de sa part et ce oui, en dépit du recul de son corps, s’amorce dans le regard de Marie. Car sous ses paupières mi-closes, sur son visage détourné, les pupilles sont irrésistiblement attirées, en coin, vers l’Ange imposant. Cette annonciation raconte superbement la tension. […] » (p. 49)

Lintannonciation

(c) photo wikimedia commons

Jürgen Grauling

 

Marion Muller-Colard, L’intranquillité, Bayard J’y crois, 2016, 107 pages

Lintranquillite

 

A suivre...

 

 

* La théologienne Marion Muller-Colard, théologienne habitant Linthal, vient de publier L'intranquillité chez Bayard. Voir l'article de La Croix.

Voir l'article L'éloge de la tranquillité

 

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