Bas les masques ! Prédication rimée

002bis

L’habit ne fait pas le moine

Mais le porter, c’est bien plus fun

Nous portons tous des masques

pour qu’on nous lâche les basques

 

Le pif rouge ne fait pas le clown

mais il cache quand en fait on est tristoun…

…net, n’est-ce pas. Car tout bon…

…nement, the show must go on !

 

Qui suis-je ? En voilà une drôle de question

Qui suis-je ? Vous voulez le savoir : un grand champion !

Je n’ai rien, rien à me reprocher

tout est net, d’une grande propreté

 

Qui suis-je ? Mais arrêtez donc de me narguer

Voulez-vous pour de bon me fâcher ?

Elles sont dangereuses, ce genre de questions

Vous voulez ma mort, que je fasse une dépression ?

 

L’habit ne fait pas le moine

Mais le porter, c’est bien plus fun

Nous portons tous des masques

Alors lâchez-moi les basques !

 

Le pif rouge ne fait pas le clown

mais il cache quand en fait on est tristoun…

…net, n’est-ce pas ? Car pour ne pas se faire huer

Le show doit continuer !

 

Jeune déjà, je me suis forgé une carapace

Je m’étais pris deux-trois bricoles en face

Certains moquaient ma naïveté,

et, sans vergogne, en abusaient.

 

Il ne fait pas bon de se montrer

ce qu’on ressent, ce que l’on est

Pour exister dans la société

il vaut mieux se dissimuler

 

Pour représenter quelque chose

préférez prendre la pose

Pour de vrai, faites mieux semblant

et alors, vous serez dans le vent.

 

C’est au moins ce que j’ai appris

C’est ainsi que je me suis fait plein d’amis

Mon carnet d’adresses est plein

Je brasse du vent à pleines mains

 

L’habit ne fait pas le moine

Mais le porter, c’est bien plus fun

Nous portons tous des masques

même si, en-dessous, le visage est flasque!

 

Le pif rouge ne fait pas le clown

mais il cache quand en fait on est tristoun…

…net, n’est-ce pas. Car tout bon…

…nement, the show must go on !

 

Mon image n’a aucune faille

tout est lisse comme de l’émail

Mes zones d’ombres ? Je les cache bien

On ne me reproche jamais rien.

 

Et même si on me reprochait quelque chose

Qu’on me disait que ma vie n’était pas rose

je saurais toujours montrer du doigt

celle ou celui mille fois pire que moi

 

Regardez-moi ce collecteur d’impôt

il doit en avoir sur la conscience

par contraste, je ne serai que plus beau

car, moi, j’ai de la contenance

 

Merci, Seigneur, merci, merci,

pour ce que j’ai et que je suis

Tu m’as fait si exemplaire

que mes mérites sont pour me plaire.

 

Hé, pharisien, tu n’es pas moine

en porterais-tu même les frusques

il ne suffit pas d’être smart et fun

l’orgueil, même dissimulé, Dieu le débusque

 

Crois-tu que Dieu ne remarque point

que tu n’agis que pour l’apparence

Qu’à chacune de tes charités est joint

un reçu de bonne conscience

 

En aucun cas, tu ne tiens

au bienfait de ton prochain

Toujours tu ne deviens sage

que si cela sert ton image

 

Dieu qui regarde au cœur

ne se contente pas d’un leurre

Devant lui, personne ne prend la fuite

ne peut se prévaloir de bonne conduite.

 

Dès lors, renonce à tes frasques

Devant lui, mets bas les masques

Crois-tu que ton péché est infime

ne joue pas le rôle de la victime.

 

Entre en toi, avec courage,

lâche tout, et tu deviendras sage

Car quand tu n’as plus rien en main

Dieu devient ton lendemain.

 

Dans tes failles, il s’introduit

Ainsi, sa lumière luit

au milieu de tes ténèbres

Enfin sa gloire, et non la tienne, célèbre !

 

Qui suis-je ? Cette question ne fait plus peur

Qui suis-je ? Personne ! Mais tu es au cœur

de l’attention du Très-Haut

Qui souffle tendrement le chaud.

 

Porter un masque, ça peut avoir du bon !

C’est avoir une « persona », être un personnage

Remplir une tâche, une vocation, une fonction

Fournir un véritable ancrage.

 

Elie, dont le Très-Haut avait fait son porte-parole,

prenait très au sérieux son rôle

ne lâchait jamais le divin drapeau

contre reine, roi et prophètes faux !

 

Le métier de prophète confère à Elie

une force, un but, son sens dans la vie

C’est même sa colonne vertébrale

de défendre Dieu et de frapper l’idole Baal.

 

Encore il y a peu, il a fait la démonstration

qu’il peut vaincre seul contre tous

dans une sacrificielle compétition.

Les serviteurs de Baal avait la loose.

 

Sa passion jalouse l’a même mené

à tous les massacrer

Mais la reine, la méchante Jézabel,

se vengerait avec tout son zèle.

 

L’habit, des fois, fait bien le moine

Le porter fait grandir telle personne

Celle-ci en prend pleinement la mesure

pour obtenir une vraie stature.

 

Devant l’adversité elle garde le masque

inflexible dans la bourrasque

Pas de questions à se poser

La mission doit continuer

 

Le clown ne prépare pas au pif

son spectacle caritatif

Le show n’est pas fait que pour rire

Souvent, il fait aussi réfléchir.

 

Tout à coup, Elie s’effondre

s’enfuit dans le désert

ne souhaite plus répondre

aux appels de Dieu le Père

 

Avait-il pris seulement le temps

de se mettre encore à Son écoute ?

Lui arrivait-il de prendre un rythme lent

pour méditer, jouer au foot ?

 

Jamais ! Le prophète était submergé

par les offenses à la divine dignité

auxquelles il devait parer

Pas le temps de se marrer.

 

Pas le temps de prendre de la distance

quand on se croit le fer de lance

d’une croisade contre les mécréants

quand on est seul juste contre les méchants

 

La fonction prend alors le dessus

C’est par passion jalouse que tu es mu

Il ne reste plus qu’à chausser les basques

et sur la tête mettre un… casque

 

Pif devant, rouge pivoine

en route sur la chaussée au moine

Quand on est pris par la fonction

pas un moment pour l’introspection

 

Ressemblerais-tu même à clown

Serais-tu secrètement tristoun…

…net, n’est-ce pas ? Tout bonn…

…nement, show must – ever – go on !

 

Un jour, pourtant, l’échafaudage prend l’eau

Pourquoi naît-on quelques années plus tôt

Qu’est-ce que ça signifie ? Où est le sens

à mon métier, mon existence ?

 

Hier encore, tout semblait bien,

aujourd’hui plus rien ne rime à rien !

Se coucher, garder le lit…

de la rivière dans le cas d’Elie.

 

Envie de mourir, ne plus se lever

A peine encore s’alimenter

Elie est en prostration

Il fait une profonde dépression.

 

Un ange, un messager est là.

Hou, Elie ne le remarque presque pas.

Tellement, il est discret

seulement, la table il met !

 

De quoi sustenter le prophète

tel une mère son nourrisson allaite

Une galette et une cruche d’eau

au départ sans piper mot

 

Puis le lendemain déjà

Elie n’est plus autant en bas

Prêt à être à l’écoute

l’ange le remet sur la route

 

Une longue route de quarante jours

à travers le désert chaud comme un four

il faut bien ça pour aller mieux

pour se trouver, soi, et trouver Dieu

 

Sur ce périple plus de casque

Elie y laisse tous ses masques

pour se présenter à Dieu à nu

Qui l’accompagne à son insu

 

Arrivé à la montagne, il aura le privilège

de voir Dieu, d’habitude un sacrilège

Sorti de la faille d’une roche

Dieu apparaît, Dieu se fait proche.

 

Dieu ne fracasse pas les montagnes

ne fait pas trembler la castagne

Non, il ne veut être vu

que dans le bruissement d’un souffle ténu.

 

Pour Elie, quelle révélation inouïe

Dieu est douceur et tendresse

qui s’adresse à ce qu’en toi tu as enfoui

quand tes yeux tu abaisses

 

Devant Dieu, lui seul, enlève ton casque

Devant lui, mets bas les masques

Crois-tu que ton péché est infime

ne joue pas le rôle de la victime.

 

Entre en toi, avec courage,

lâche tout, et tu deviendras sage

Car quand tu n’as plus rien en main

Dieu devient ton lendemain.

 

Dans tes failles, il s’introduit

Ainsi, sa lumière luit

au milieu de tes ténèbres

Enfin sa gloire, et non la tienne, célèbre !

 

Qui suis-je ? Cette question ne fait plus peur

Qui suis-je ? Personne ! Mais tu es au cœur

de l’attention du Très-Haut

Qui souffle tendrement le chaud.

 

Le pif du clown est rouge pivoine

c’est qu’il connait la solitude du moine

Parce qu’il connait la tristesse par le milieu

qu’il peut être profondément joyeux

 

Mais le clown tire maintenant sa révérence

devant André et sa douce France*

Que toute cette auguste assemblée

par les bienfaits du Très-Haut soit comblée.

 

Que sa tendresse vous emmène

à travers les déserts et les revers

et vous procure la joie profonde. Amen !

 

* (Francine et André fêtaient leur noces d'or, lors de ce culte)

 

Prédication sur 1 Rois 19 (Elie dans le désert et à l'Horeb) et Luc 18 (parabole du pharisien et du collecteur d'impôt).

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