Avant l'Eglise de demain, quelle Eglise aujourd'hui ?

Avant l'invention, l'inventaire !

Vous l'aurez compris : on a pris à bras le corps la question de l'avenir de l'Eglise dans notre secteur. Culte consistorial et réunion des Conseils presbytéraux en début d'été (la semaine passée), fête et assemblée paroissiale sur le thème le 1er septembre. La baisse annoncée du nombre de pasteurs dans les 10 ans à venir conjuguée à la moindre pratique des fidèles - que ce soit dans la fréquentation des activités ou le soutien financier des paroisses - nous montrent clairement que l'Eglise doit se (laisser) réinventer.

Mais avant d'y penser, encore faut-il prendre conscience de la réalité d'aujourd'hui. Avant l'invention, donc, l'inventaire d'abord.

Un texte nous a guidés plus particulièrement, Ezéchiel 37, 1-14, proposé par Esther Lenz. Inspectrice Ecclésiastique, nous l'avions invitée à témoigner du vécu de son Inspection de Wissembourg, une des premières touchées par ce qui nous attend, puisque seuls une vingtaine de postes de pasteurs sont occupées pour une quarantaine de lieux de vie (= paroisses). C'est comme si d'ici 10 ans, deux pasteurs et une aumônière travaillent le terrain, là où nous sommes cinq pasteurs et une aumônière à mi-temps, actuellement ! Cauchemar !?

Un cauchemar ... bien réel

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(© photo Flickr kuhnmi)

Ezéchiel 37 commence comme un cauchemar : le prophète rêve d'une vallée remplie d'ossements. Les prophètes sont des sensibles. Sensibles à la réalités et aux ressentis de leur environnement. Et effectivement, c'est les gens de son propre peuple (ou ce qu'il en reste) qui n'arrêtent pas de ressasser toujours le même refrain : "Nos os sont desséchés, notre espérance est détruite, nous sommes perdus." (Ez 37, 11) Un désespoir sans commune mesure... Qui se comprend : Après une guerre meurtrière, les survivants ont été déportés, le temple et la ville de Jérusalem détruits... Survivants, certes, mais vivants ?

Et nous ? Eh bien, nous ne nous sentons pas dans la même situation. Pas aussi désespérés. Encore heureux !

Mais chez nous aussi se manifestent des expressions de lassitude : "ce sont toujours les mêmes qui se mobilisent", "où sont les jeunes?", "des cultes avec cinq/dix/vingt participants, c'est triste", "qui visitera nos vieux?" etc. Chez nos conseillers presbytéraux aussi, la désillusion gagne du terrain. Un jour, ils se disent : "On va voir ce qu'on va voir : allez, on met un appel à bénévolat dans le Partage-Présence (pour la fête paroissiale, les travaux à la tisanerie, la permanence pour l'ouverture estivale de l'église). Si les gens répondent, c'est qu'il y a encore de l'intérêt..." Et puis, ils constatent que la préparation de la fête se fait dans un cercle à peine élargi du CP, qu'il n'y a pas ou peu de candidatures spontanées pour les autres activités. Du coup, ils ne sont pas loin de se décourager.

Etat des lieux

Pas étonnant donc qu'Ezéchiel voit ces horreurs en rêve. Et l'on ne le détrompe pas ! Dieu lui fait faire un tour au milieu des ossuaires. Force est pour le prophète de constater "qu'ils sont nombreux et complètement desséchés" (verset 2)

Que pouvons-nous faire pour établir un état des lieux de nos paroisses, réaliste mais sans culpabiliser, bienveillant mais sans minimiser les difficultés ? Voir en face que le nombre des pratiquants diminue, que la taille critique est parfois atteinte, que nos bâtiments sont trop nombreux et mal adaptés, qu'on se force parfois à participer à telle manifestation pour qu'elle survive, qu'il y a parfois des trésors et opportunités peu mis en valeur par manque d'imagination, d'audace, de foi (!) ou de moyens... ?

Seigneur, toi seul le sais !

...

"Fils d'homme, les ossements peuvent-ils revivre ?" A la question de Dieu, le prophète ne s'avance pas trop. Tout indique qu'il n'y a effectivement plus aucun espoir. Mais dans un sursaut de foi, comme le père de l'enfant épileptique qui dit : "Je crois, aide mon manque de foi", le prophète s'en remet à Dieu : "Seigneur, toi seul le sais !" (verset 3).

Toi seul le sais, c'est une manière de reconnaître une situation grave et sérieuse, et d'exprimer en même temps le désir qu'il en advienne autrement !

Arriverons-nous à laisser poindre cette étincelle, cette semence de désir, sans l'étouffer sous les monceaux de découragement qui s'accumulent ? Trouverons-nous encore ce sursaut de nous mettre en attente et en prière ? Prions-nous encore pour le renouveau de telle ou telle situation, pour une solution pour tel ou tel besoin que nous discernons, même si nous ne savons pas laquelle ? Ou abandonnons-nous d'avance, parce que nous ne nous sentons pas la force et que nous nous croyons abandonnés ?

Le cauchemar se mue en vision

Ce qui se passe alors, ressemble d'abord à un film d'horreur. Sur ordre de Dieu, le prophète est incité à prononcer un oracle. Et voilà que les ossements s'organisent tout en grinçant, que leur poussent des tendons, puis de la chair (ou des muscles) et enfin la peau pour en faire une sorte de morts vivants. C'est là seulement que le prophète doit appeler le Souffle des quatre coins cardinaux pour que la Vie rentre pour de bon en eux.

Esther Lenz nous a raconté que la réorganisation de son Inspection, suite à une diminution brutale du nombre de pasteurs, ne s'est pas passée sans grincements ni résistances. Impossible de faire "comme avant", "comme si de rien n'était". Au contraire, souvent il fallait recommencer à zéro ou presque ! Alors la vision d'Ezéchiel, aussi bizarre qu'elle paraît, prend sens : les tendons d'abord. Les différents consistoires et secteurs, chacun à sa façon, ont favorisé la croissance des tendons : on a soigné le lien avec des activités qui mettent en relation les paroissiens des différents lieux. Puis la chair : on soigne le sens. Enfin mais seulement en dernier, on réfléchit à la peau : comment on réorganise, quel presbytère est-ce qu'on occupe, quelle répartition pour l'accompagnement des différents lieux de vie etc. ?

Tout en sachant que le retour de la Vie véritable reste à venir et à attendre ! Des lendemains où notre Eglise pourra de nouveau être prophétique et nourrir la vie en société.

Et en attendant chez nous ?

Nous sommes encore tout au début de notre réflexion sur l'avenir de notre "secteur". Nous n'en connaissons même pas les contours : avec ou sans Villé, la "réformée", avec Climont et Saâles (nous partageons avec eux le même bassin de vie, la retraite des confirmands, leur pasteure participe aux rencontres de pasteurs du coin, mais pas le bulletin paroissial, pas l'appartenance à la même entité ecclésiale) ? Certainement, les choses "sérieuses" commenceront seulement, lors des prochains départs de pasteurs.

Rien ne nous empêche, par contre, de commencer à faire un Etat des lieux, à renforcer les liens (à l'intérieur de la paroisse et au-delà), à cultiver en nous le désir de renouveau (même si nous ne voyons pas où cela/où Dieu peut nous mener) !

Pourquoi le 1er septembre est une date importante !

Le 1er septembre est une occasion en or. C'est la date de notre fête paroissiale. Nous y aurons le plaisir d'accueillir et d'entendre Axel Imhof, notre ancien vicaire, qui est maintenant pasteur dans le secteur d'Esther Lenz et qui pourra nous parler de son expérience, là-bas ! Mais nous vous proposons aussi, en début d'après-midi, une "assemblée de paroisse", l'occasion de faire le point.

Merci pour tous ceux qui seront au rendez-vous ! Les membres du Conseil Presbytéral y puiseront peut-être les ressources pour ne pas se décourager ! Et nous donnerons à Dieu l'occasion de saisir notre désir pour faire ce que nous ne savons imaginer !

 

Fraternellement,

Jürgen Grauling, pasteur

 

S'inscrire à la fête paroissiale : Fetetract2019Fetetract2019 (710.19 Ko)

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